Ils sont plusieurs à porter Pierre Lapointe aux nues. Ils sont au moins quelques uns à tripper sur Manu. Parce que les textes, man. Aussi simple que ça. Les meilleurs beats ou le meilleur flow ne suffisent pas pour créer l’engouement. Oh, on peut bien vendre quelques centaines de milliers d’albums grâce à un instru de la mort (et pour certains, c’est amplement suffisant), mais on ne touche pas les gens de la même manière avec un refrain accrocheur qu’avec les mots qui sonnent vrai. Pour certains, faire bouger les fesses des filles tout un été est un plan de carrière. D’autres cherchent d’abord à émouvoir, à provoquer une émotion durable chez l’auditeur, peu importe son sexe, sa religion, son pays d’origine. Et pour parler au public, on n’a encore rien trouvé de mieux que les mots. Et quand les gens dans la foule connaissent les paroles d’un artiste par coeur, comme c’était le cas hier soir au Main Hall, pour le concert de Manu, c’est généralement parce que ces paroles leur disent quelque chose.
Si Manu est actuellement l’artiste hip hop le plus téléchargé au Québec, c’est que le public friand de nouveautés se reconnaît en lui. Manu n’est ni un bandit, ni un vagabond. Juste un gars ordinaire qui aurait pris un peu plus de temps que la moyenne des gens pour réfléchir à sa condition et à l’état du monde. Et qui aurait pris un peu plus de temps que la moyenne des MC pour trouver la façon d’en parler et pour relire et corriger ses cahiers de rimes. Résultat: une écoute de la chanson titre et premier extrait de son premier album Voix de fait, suffit pour se laisser convaincre. Convaincre qu’on est en voiture. Convaincre qu’on peut se laisser aller à apprécier la ride, à écouter le message.
La force d’un texte réside dans son message. Les bons mots, les figures de style, les métaphores et les rimes riches, seuls, ne valent rien. On peut faire d’un appel à la haine un beau discours. Le message de Manu se résume à peu de choses finalement. Entre deux dénonciations du racisme et de l’anti-sémitisme, il prône l’amour entre les hommes. Très bien. On attend encore qu’un rappeur s’attaque à l’homophobie, mais ça ne saurait tarder. Enfin, quand Manu estime qu’en 2006, la question du néocolonialisme prime sur celle de la souveraineté du Québec, il exprime le sentiment de très nombreux Québécois, et pas que Michel Tremblay et Lucien Bouchard.